Qu’est-ce que c’est ?

« En contribuant au rapprochement des générations et en favorisant le maintien des ainés à domicile, le concept innovant d’hébergement intergénérationnel se situe au cœur des enjeux d’adaptation de la société au vieillissement de la population et d’accompagnement et soutien des salariés aidants familiaux de plus en plus nombreux et contraints dans l’entreprise. »

Jean-Renaud d’Elissagaray


On parle de cohabitation intergénérationnelle en particulier quand deux personnes, le plus souvent une personne âgée et un étudiant, cohabitent en se rendant un service mutuel. L’étudiant, en recherche d’un logement, bénéficie d’un hébergement chez la personne âgée et lui offre en échange une présence, de menus services, et éventuellement un faible loyer.


La cohabitation intergénérationnelle en chiffre


84% des jeunes déclarent avoir beaucoup de complicité avec leurs parents et 62% aiment partager des moments avec leurs grands-parents. 82% des moins de 35 ans aimeraient pouvoir discuter avec une personne centenaire pour qu’elle leur raconte certaines périodes de sa vie. Ils pensent en grande majorité que les personnes âgées sont utiles aux autres.

De leur côté, 87% de nos aînés disent avoir beaucoup de complicité avec leurs petits-enfants et 43% servent d’intermédiaires entre leurs petits enfants et leurs parents. Ils pensent en grande majorité que les personnes âgées sont utiles aux autres.
(Source : Fondation Korian 2017)

74% des Français sont favorables à la cohabitation intergénérationnelle

24% des Français envisagent la cohabitation intergénérationnelle (19% des personnes interrogées affirment l’envisager à moyen ou long terme et 5% à court terme).
(Source : Harris interactive étude 2017)

Les seniors


Dans l’entreprise, les salariés contraints par un senior vivant seul le plus souvent, seront de plus en plus nombreux. 

Dans quelques années, 30% de la population sera âgée de 60 et plus. Parmi ces plus de 60 ans, aujourd'hui, une personne âgée sur trois vit seule. L’entreprise comptera bientôt une majorité de salariés aidants familiaux.


Ces salariés vont voir leur vie professionnelle désorganisée car ils devront s’occuper plus fréquemment de leur proche âgé, souvent habitant loin, dont la santé se dégrade plus rapidement d’autant qu’il ou elle est seul. 

En effet, aujourd’hui, en Europe, 10% des personnes âgées de 80 à 85 ans sont dépendantes, 30% des 86-90 ans le sont et 40% des 91-95 ans. Or le nombre de personnes âgées de plus de 80 ans va tripler d’ici 2060. Donc, de plus en plus de parents de salariés seront dépendants. De plus, la solitude favorise la dépendance. Beaucoup de personnes âgées maintenues à domicile présentent un nombre important de pathologies souvent non diagnostiquées étant donné que le soutien peut-être moins important que dans un établissement spécialisé. 10% des personnes âgées souffrent de solitude maligne, c’est-à-dire celle qui compromet leur santé physique et émotionnelle. 70% de ces personnes ont un grave problème de santé lié à leur solitude, que ce soit dans le champ psychologique comme dans le champ physique . Par ailleurs, on mesure que le sentiment de solitude est un facteur augmentant le risque de décès prématuré de 14% chez les personnes âgées, selon le Pr John Caccioppo, psychologue social à l’Université de Chicago. Signe des temps, 3 000 personnes âgées de 65 ans et plus se suicident chaque année en France et 70% de ces suicides ont au lieu au domicile de la personne.


Les seniors, même vivant seuls, voudront rester chez eux le plus longtemps possible. Dès lors, le proche salarié sera mis plus fréquemment à contribution, souvent sans pouvoir programmer les interventions nécessaires pour prendre soin de son proche isolé. 

La situation se complexifie pour les salariés car 90% des personnes âgées préfèrent adapter leur logement plutôt que d’intégrer une maison de retraite. Le maintien à domicile est parfois un choix qui peut être fait par dépit pour les personnes âgées. 69% des personnes disent ne pas pouvoir assumer le coût d’un hébergement spécialisé. Et de toute manière, le maintien à domicile sera de toute manière une priorité, alors qu’il y a seulement 1 million de places en maison de retraite et que se profile une population vieillissante de 15 millions de retraités. Si le maintien à domicile, tant qu’il est possible, répond au désir des seniors, de leur famille et de la collectivité, « le sentiment de solitude » reste toutefois l’ecueil n° 1 de cette option.


La solution se trouve-t-elle dans le style d’habitat des seniors ? 

Le logement des seniors est peut-être le remède de la solitude. La proportion de propriétaires d’au moins un logement atteint 75,6% parmi les ménages de retraités. Dans les zones de forte demande de logement, la taille des ménages diminue : plus de la moitié des ménages parisiens ne compte qu’une seule personne, dont 31% âgées de plus de 65 ans. Ils disposent en moyenne de 2 fois plus de surface que ceux de moins de 50 ans. On observe que les ménages âgés de 65 ans et plus (à priori constitués au maximum de 2 personnes) disposent de logement aussi grands en moyenne (4 pièces et 91 m2) que l’ensemble de la population française (en moyenne 3+ personnes).

(Sources : Insee, Credoc, OCDE, Institut de Recherche Psychiatrique, Fondation de France, Opinion Way)


Les étudiants


Il sera de plus en plus difficile aux salariés parents d’enfant étudiant de trouver un logement à l’occasion de leurs études, qui plus est si l’enfant doit se loger dans une ville éloignée. 

Le nombre d’étudiants est appelé à croître dans les années à venir. Déjà, l’augmentation a été de 4% entre 2015 et 2016, soit une hausse des effectifs de 62 000 étudiants. En 2016, 1,6 millions d’étudiants sur 2,5 millions ne vivaient pas chez leurs parents et 1,3 millions d’entre eux recherchaient activement un hébergement adapté. Face à cette demande, la capacité d’accueil en France est estimée à 375 000 logements. Le taux de couverture moyen des logements étudiants en France est de 15,4% des besoins. Au cours des 5 dernières années, les dépenses obligatoires des étudiants (inscription, logement, restaurant universitaire..) ont augmenté de 23%. Sur la même période, la progression des bourses universitaires et des allocations logement n’a été que de 10%.
50 à 60% du budget d’un étudiant est consacré à son logement. Près de 700 000 étudiants bénéficient de l’ALS (Allocation de logement à caractère social), la plus courante, ou de l’APL (Aide personnalisée au logement). Pour un montant total de 1 milliard d’euros. Mais cette enveloppe va diminuer sous le gouvernement actuel.

Par ailleurs, le plan « Anciaux » (construction de logements d’étudiants), lancé en 2004, a pris du retard avec 8 300 constructions réalisées, contre 20 000 prévues, et 17 500 réhabilitations pour un objectif de 28 000. La situation ne peut que s’aggraver pour les salariés parents d’étudiants qui vont devoir s’investir de plus en plus pour aider leur enfant à trouver un logement, qui va leur coûter de plus en plus cher.


Les conditions de vie des étudiants se dégradent 

On compte 100 000 étudiants vivant sous le seuil de la pauvreté, avec des ressources inférieures à 650 € par mois. Signe de précarité, 7 étudiants sur 10 ont une activité rémunérée pendant leurs études et 4 sur 10 travaillent durant toute leur année d’étude. « Nous savons maintenant que le job salarié, qui représente 15 heures par semaine pour une semaine de 30 heures de cours, est la principale cause d’échec à l’université » constate Laure Delair, membre de la Commission aides sociales de l’Unef.

Ce sont les jeunes de moins de 30 ans qui sont le plus touchés par le surpeuplement, en grande partie parce qu’ils habitent des studios de taille inférieure au critère de surpeuplement retenu par l’INSEE pour un logement d’une pièce (inférieure à 25m2). Avec un parc de 156 000 places, pour des loyers mensuels entre 75 et 300 €, moins de 8% des étudiants sont logés par les CROUS. Dans l’académie de Paris, le CROUS enregistrait à la rentrée 2010 près de 3 000 demandes pour un logement. Le taux de remplissage moyen des résidences étudiantes en France est de 94% (ce taux varie de 91% à 100% en fonction de l’emplacement et de la qualité des logements).


Les parents salariés portent un stress supplémentaire, qui accentue celui souvent subit sur le lieu de travail 

De ces difficultés résultent une grande souffrance. Selon une étude récemment publiée, 45% des jeunes déclarent ressentir de la solitude « souvent » ou « occasionnellement ». Parmi eux, 42% affirment qu’elle est subie. 55% des étudiants considèrent en effet qu’Internet’ favorise la solitude. D’une manière générale, cette perte de repères parmi les 18-35 ans est largement sous-estimée, selon le journal la Croix.
Selon cette même étude, 50% des étudiants sont stressés ou déprimés, 39% ont ressenti de l’épuisement et plus d’un quart de la solitude ou de l’isolement. 54% de ces mêmes étudiants interrogés déclarent avoir des difficultés financières.


L’employeur


Les salariés aidants familiaux, de plus en plus nombreux dans l’entreprise, sont contraints et portent un risque supérieur 

L’entreprise compte de plus en plus de salariés ‘aidants familiaux’. 11 millions de français sont aidants familiaux. Déjà aujourd’hui 47% des aidants familiaux occupent un emploi ou sont apprentis. 46% des aidants ont moins de 50 ans. Un aidant sur cinq consacre plus de 40 heures par semaine à son proche. Les aidants familiaux sont eux aussi exposés à des risques de santé d’un niveau supérieur de 20% par rapport aux non aidants. 43% d’entre eux ne peuvent d’ailleurs sortir que si quelqu’un les relaie auprès de la personne aidée et 65% ne peuvent pas partir en vacances.
Les aidant familiaux sont soumis à un risque de surmortalité de 60% dans les 3 ans suivant leur investissement personnel en tant qu’aidant. 20% des aidants familiaux connaissent des problèmes familiaux.


L’engagement professionnel des salariés aidants familiaux est le plus souvent dégradé 

Le statut de salarié aidant familial impacte négativement l’investissement professionnel. Le taux d’absence non prévue des salariés aidants familiaux est supérieur de 40% à celui des autres salariés. Un aidant actif s’arrête 16 jours de plus qu’un collègue non aidant. 24% des arrêts de travail de courte durée non prévus sont ceux des aidants familiaux.
1 aidant sur 4 doit prendre des congés pour assurer ce rôle. 2/3 des salariés aidants souhaiteraient aménager leur temps de travail, mais n’osent pas en parler à leur hiérarchie 20% des aidants salariés sont plus stressés que leurs collègues


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